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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 21:12
Chapitre XLVI
Éva prend une gifle


Les Parisiens étaient émerveillés par le décor baroque du palais dans lequel ils avaient été introduits, particulièrement nos amis d’Afrique qui ne connaissaient que leur quartier et leur maison insalubre. C’est donc dans cette grande maison qu’habitait leur amie.

« C’est Versailles, ici, » fit remarquer Julien.

« Tout de même pas, » répondit Lynda. « Mais la Syldurie est plutôt fière de son palais, de sa galerie d’art et sa bibliothèque royale, maintenant ouvertes à tous.

« C’est vraiment gentil de nous accueillir ici, » dit Valérie. « Mais loin de Youssouf, le plus merveilleux palais sera pour moi comme une prison.

– Ne sois pas triste. Youssouf te sera bientôt rendu, je te le promets.

– Merci.

– Traverser ton pays en avion valait le coup d’œil », ajouta le commissaire. « La Beauce vue du ciel n’est pas aussi jolie. »

Lynda sourit.

« Mon pays est le plus beau pays du monde.

– Yssouvrez ne viendra pas nous chercher ici, c’est sûr » dit Yakouba.

Mamadou, se sentant bien à l’abri, fit part de sa satisfaction :

« Nous allons nous plaire dans cette maison.

– Malheureusement pour vous deux, Mohammed et toi n’y resterez qu’une nuit. Dès demain, je vous livrerai à la police royale qui vous conduira au centre de détention. Rassurez-vous, les conditions de vie y sont très humaines. Et cela fait partie de notre contrat.

– Nous ne l’avons pas oublié, Lynda, et nous ne voulons pas trahir ta confiance.

– Je veillerai à ce que vous soyez jugés dans les jours qui viennent. Et comme je vous l’ai dit, je témoignerai en votre faveur de votre repentir et de votre désir de commencer une nouvelle vie. Je saurai convaincre le juge, et toi, ne t’avises pas de te présenter devant lui avec ta casquette à l’envers, ou tu auras affaire à moi. »

Oubliant les aventures passées et les aventures avenir, nos amis se mirent à parler de toutes sortes de sujets. L’humeur était aux anecdotes amusantes et aux plaisanteries. Julien se leva pour découvrir les beautés de ce salon et découvrit, sur une table les trois verres et les quatre bouteilles vides.

« Mais dis-moi, Lynda, on n’engendre pas la mélancolie chez toi.

– Ces lamentables marquis ont profité de mon absence pour mettre la maison en désordre. Je les punirai sans aucune indulgence.

– S’il y a quelques baffes à donner, je suis toujours partante, » répliqua Fabienne.

Plus d’une heure s’était écoulée et Lynda, se rendant compte de la fatigue de ses hôtes qui venaient de subir un voyage et de nombreuses émotions, appela Antonia, la servante, et la pria de conduire chacun d’eux dans la chambre qui lui était réservée.

Se retrouvant seule, la jeune reine inspecta la table où les marquis avaient bu, et y trouva les journaux que, dans son émoi, Bifenbaf y avait laissés. Elle lut attentivement les articles la concernant et murmura :

« Ça mon petit père, tu vas me le payer ! »

Pendant sa lecture, Éva pénétra dans la salle. Comme elle était surprise de retrouver sa sœur face à elle !

Elle courut se jeter dans ses bras.

« Quelle joie ! Je te croyais morte.

– Morte ? Moi ? En voilà une idée !

– Tes aventures parisiennes se sont donc bien terminées. J’en avais reçu d’autres échos.

– Je te raconterai tout cela en détail.

– Oh ! Oui ! J’ai eu si peur ! Je croyais ne plus te revoir.

– Eh ! bien ! Tu m’as revue. La vie va reprendre son cours et nos péripéties, je l’espère, s’achèvent ici. Reposons-nous un peu avant de nous remettre au travail. »

Après un court silence, Éva essuya discrètement une larme à la commissure de son œil.

« Ma pauvre ! Si je t’avais perdue ! Mon deuil aurait assombri la bonne nouvelle.

– Mais enfin, de quoi parles-tu ? Quel deuil ? Quelle bonne nouvelle ?

– Je vais me marier ?

– Tu vas te marier ? Toi ? » s’exclama Lynda tout excitée. « En effet, si j’étais morte, je n’aurais pas pu venir à ta noce. Ç’aurait été dommage. Et qui est donc l’élu de ton cœur ?

– Otto.

– Otto ?

– Ottokar.

– Qui ça ? Ottokar ?

– Ottokar de Kougnonbaf.

– Quoi ?

– Ottokar m’a demandé ma main.

– Madame Éva de Kougnonbaf ! » riposta-t-elle ironique. « Je m’attendais à mieux. »

Éva se trouvait inquiète et déçue devant la brutale réaction de sa sœur.

« Tu n’aimes donc pas mon fiancé ? »

Le visage de Lynda, tel un ciel d’orage, s’était brusquement assombri.

« Ne t’avais-je pas mise en garde avant mon départ : “ Méfie-toi des Marquis et de leur hypocrisie, ” t’ai-je dit. Et le mieux que tu trouves à faire, c’est de les épouser.

« Enfin, Lynda, tu es trop suspicieuse, répondit Éva, les yeux baignés de larmes. Ottokar est un homme charmant, et plein d’attentions pour moi. »

Lynda, qui cédait à la colère lui brandit les journaux devant le visage.

« Regarde donc ce qui sort des rotatives de ton cher Otto !

– Je sais, je sais, » acquiesça-t-elle, honteuse. « Il m’a promis de régler ce problème.

– Il a intérêt ! Nous avons besoin de faire une petite mise au point, toutes les deux. Quand je lui aurai réglé son compte, tu passeras me voir dans mon bureau. »

Lynda quitta la salle en claquant vigoureusement la porte. Éva soupira :

« Celle-là, c’est la meilleure ! »

 

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 13:53
... à moins que ce soit celle de Besson.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 18:53

Chapitre XLV
Marquis en goguette

Le marquis de Bifrenbaf, visiblement furieux, cherchait partout son rival et néanmoins ami Ottokar de Kougnonbaf. Il le trouva finalement dans le salon panoramique, consolant sa promise désespérée. Il tenait à la main toute une pile de journaux.

« Marquis, c’est une honte, votre presse est en train d’éclabousser Lynda de calomnies injurieuses.

– Ma presse, dites-vous ?

– Regardez-moi ce titre, à la une d’“Arklow Match”.

– “ Lynda fréquente les dealers. ”

– Dis-leur de se taire !

– Ils exagèrent. »

Éva fronça les sourcils :

« Ottokar, j’espère que tu as une explication.

– Je n’ai jamais validé la publication de cet article, » lui répondit le marquis, sans perdre contenance. « C’est de la diffamation pure et simple. Il y des têtes qui vont tomber, chez Kougnonbaf-Presse. »

Miroslav ne se laissait pas apaiser par cet argument.

« Tu sais ce que fera Lynda quand elle sera de retour ? » dit-il. « Elle va prendre tous tes torchons de papier, elle en fera une grosse boule qu’elle t’enfoncera dans la gorge. »

Éva fondit en sanglots et quitta la pièce.

« Je ne puis en supporter davantage. Pardonnez-moi, Messieurs, mais je préfère prendre congé. »

Nos deux marquis se retrouvaient donc seuls.

« J’ai froissé ton journal et tu as froissé ta fiancée, » dit Miroslav.

« Je n’ai pas le choix, cela fait partie de mon plan.

– Je n’ai jamais approuvé ton plan. Fallait-il pointer toute cette artillerie ? Non mais, regarde-moi ces titres : “ La descente aux enfers de Lynda ”, “ Lynda la débauchée ”, “ la vie sulfureuse de Lynda ”, “ La déchéance d’une reine. ”

– Votre chérie ne s’en relèvera pas.

– Vous pouvez le dire ! “ Syldurie-Soir ” a publié l’évolution de sa cote d’amour : douze pour cent d’opinions favorables, contre quatre-vingt-six la semaine dernière.

– Ma foi, je connais un autre petit roi que cela devrait consoler.

– En revanche, la cote d’Éva crève le ciel. Le peuple va certainement la proclamer reine. Vous avez bien raison de vouloir l’épouser.

– Je n’épouserai jamais cette grosse cloche en si bémol.

– Comme il vous plaira. Il faut reconnaître que, pendant que sa sœur défraie la chronique, votre fiancée…

– Cessez de dire : “ Ma fiancée ”. Ça m’agace. C’est un mariage de raison. Quand je serai au pouvoir, j’appliquerai la méthode Henri VIII : D’abord je la tue, ensuite je la répudie.

– Je disais que votre fiancée travaille de ses dix doigts. Elle a commencé à construire des villages écologiques et arborisés, et à détruire les favelles qui font la honte de notre capitale. Elle dépense allégrement, la petite, sans craindre de plumer l’état.

« L’état, c’est moi, » répondit Ottokar sur un ton amer. « Mais revenons à Lynda, cher Marquis. Je ne tiens pas particulièrement à ce que vous fassiez une crise d’apoplexie en regardant le journal de vingt heures. Edition spéciale : “ La mort de Lynda. ”

– Quoi ?

– Mais rassurez-vous, mon ami, “ Kougnonbaf-Presse ” sait très bien manipuler le mensonge. Je suis impatient de la voir mourir, car plus vite elle mourra, plus vite j’accéderai au pouvoir. Alors, en attendant, je l’assassine médiatiquement.

– Vous m’avez fait peur.

– Elvire, notre chasseresse, est parvenue à traquer notre gibier jusqu’au plus profond de son terrier. À présent, elle la tient à portée de son fusil, mais, eu égard de notre vielle amitié, je lui ai donné pour consigne de lui laisser la vie. Offrez à notre Elvire un petit cadeau dont elle vous fixera elle-même le prix, et elle vous livrera, pieds et mains liés, l’objet de votre convoitise.

– Marquis de Kougnonbaf, vous êtes un génie.

– Je le sais, je me le suis déjà dit.

– Vous êtes le roi des filous.

– En attendant mieux. »

L’ambitieux marquis ricana.

« La victoire est à nous, Marquis, » ajouta Bifenbaf.

« Alors il faut la fêter.

– Avec quoi, Marquis ?

– Mais avec du champagne ! »

Le prétendant au trône de Syldurie n’ignorait pas que, caché derrière les livres, le défunt roi avait toujours quelques bonnes bouteilles en réserve. Il invita son compère à trouver lui-même le fameux mécanisme qui permettait d’accéder à la cave secrète.

« Le vieux coquin ! » s’écria Bifenbaf, ayant découvert le comptoir.

« Voyons ! » dit Kougnonbaf, mystérieux, pendant que son compagnon approchait une bouteille et deux flûtes de cristal, qu’il fit sonner du bout de l’ongle. « Quel cru prestigieux nous avez-vous déniché : Reims ou Épernay ? »

Il scruta l’étiquette avec un regard de connaisseur.

« Mousseux de la Maritza ».

Il soupira :

« J’avais oublié les royales restrictions budgétaires.

– Au moins, cela encourage le marché des produits nationaux. À défaut de la Marne, contentons-nous de la Maritza.

– Krieg ist Krieg.

Ils se servirent une coupe à ras bord et la levèrent ensemble.

« À la santé de la Syldurie ! » cria Kougnonbaf.

– Vive la Syldurie ! »

Ils vidèrent chacun leur flûte d’une seule gorgée, expulsèrent l’air de leur gorge avec une satisfaction désaltérée.

« Finalement, il n’est pas mauvais, ce mousseux de la Maritza.

– Il est même très bon.

– On s’en ressert un verre ?

– Mais pourquoi pas ? »

Il vidèrent chacun une deuxième coupe, puis une troisième. Il ne restait alors dans la bouteille que quelques gouttes qu’ils se partagèrent.

« À la santé du roi.

– Vive le roi !

– À ta santé, Bifenbaf.

– Vive Bifenbaf !

– À la santé de ma fiancée.

– Vive Éva ! Delavent. Eh ! eh ! eh ! Éva Delavent ! Elle est bonne !

– À la santé de Sabine Mac Affrin, ma sorcière mal-aimée.

– Vive Sabine ! J’aime sa trombine ! »

Nos amis étaient déjà pris d’euphorie, et il devenait difficile de savoir lequel des deux marquis soutenait l’autre pour le maintenir debout.

Biffenbaf tenait la bouteille au dessus de sa coupe et semblait étonné de ne voir aucun liquide en couler.

« Quoi ? Déjà vide ? 

– On n’a même pas eu le temps d’y goûter.

– Eh bien ? Bifenbaf, aller me chercher une autre bouteille de cet excellent Champaritza. Vous devriez déjà être revenu. »

Bifenbaf revient en chantant d’une voix fausse et gutturale :

« La Maritza c’est ma rivière, - Comme la Seine est la tienne… »

« À la santé de Mademoiselle Vartanova ! » s’écria Kougnonbaf.

« Vive Sylvie Vartan !

– À qui le tour ? C’est qu’il faut la finir cette bouteille.

– Oui, avant d’en entamer une autre.

– À la France, et à son grand Président.

– Oh ! grand Président, il ne faut tout de même pas exagérer. Vive la France ! »

La deuxième bouteille était déjà vide. On attaquait la troisième.

« À nos amours !

– Oui, à nos amours. Je t’aime, mon petit Ottokar.

– Moi aussi, mon petit Miroslav. Je t’aime.

– Embrasse-moi, Ottokar !

– Épouse-moi, Miroslav !

– Ah ! Non ! Tu as déjà une fiancée.

– Qui ? Éva ? Cette gourde ?

– Éva la cruche !

– Éva la godiche !

– Éva la gudule !

– Éva la majorée… mijaurée !

– Éva nu-pieds !

– Éva t’en coller une !

– Oui, encore une ! J’ai soif. »

Les deux marquis avaient totalement perdu le centre de gravité. Bifenbaf parvint néanmoins à trouver sa route jusqu’à la quatrième bouteille, qu’il décapita.

« Pour qui celle-ci ? » demanda-t-il.

« Pour qui ? Je te le demande ! Pour Lynda !

– Vive Lynda !

– Lynda est morte.

– Meurt Lynda !

– Noyons notre chagrin dans les flots de la Maritza. »

Les deux hommes se mirent à chanter :

 « Elle ne mettra plus de l’eau dedans mon verre – la guenon, la poison, elle est mo-o-rte. »

Pendant qu’ils chantaient, si l’on peut appeler cela chanter, buvaient et s’égosillaient, une jeune demoiselle était apparue à la porte. Dans leur ivresse, ils ne la remarquèrent pas et poursuivirent leurs élucubrations.

« Où en étions-nous ? » balbutia Miroslav.

« À Lynda.

– Ah !... Lynda.

– Lynda la peste !

– Lynda la chipie !

– Lynda la garce !

– Lynda la débauchée !

– Lynda la perfide !

– Lynda la sulfureuse !

– Lynda la dépravée !

– Lynda la droguée !

– Lynda la dealeuse !

– À mort Lynda !

– Que le diable l’emporte !

– Que le bigre l’étripe !

– Que le diantre la cuise.

– Que Bélial lui tire les doigts de pieds !

– Que Belzébuth lui taille les oreilles en pointe ! »

Pendant cette belle joute oratoire, la jeune inconnue s’était approchée des deux buveurs. Bifenbaf remarqua enfin sa présence :

« Mais regarde un peu qui voilà !

– Une sauterelle !

– Une souris !

– Une greluche !

– Une musaraigne ! »

Kougnonbaf lui tendit la bouteille déjà à moitié vide (ou encore à moitié pleine) :

« Viens boire un coup avec nous. Il reste encore une petite goutte… Justine… Justine ‘tite goutte. À la santé de Justine.

– Vive Justine ! » répéta Bifenbaf dans sa torpeur.

« Allez ! » insista l’autre marquis. « Ne fais pas ta bêcheuse, viens boire un verre avec nous.

– En quel honneur ? » interrogea la fille.

« Nous fêtons, à grand renfort de champagne, la mort et l’enterrement de Lynda.

– De Lynda la pétasse.

– La pétasse ? » demanda-t-elle, l’air surpris.

« Tu la connais ? » dit Ottokar.

« Un peu.

– C’est une mocheté.

– Une mocheté ?

– Une vraie, une pure, un authentique. »

Miroslav intervint, de sa vois éraillée par l’alcool :

« Il ne faut pas exagérer, Ottobus… rail… Ottokar. Elle n’est pas si moche que ça.

– Elle est moche. Ne fais pas attention à lui, Justine. Il est complètement bourré. Trois malheureux litres de champagne de la Marilyn… Maritza. Miroslav, il est tellement amoureux de cette Lynda qu’il est prêt à vendre son âme au diable pour pouvoir l’épouser. »

Justine lui jeta un regard réprobateur :

« C’est vrai ça, Miroslav ?

– Et en plus il ne voit pas clair, Miroslav, » enchérit l’autre. « Complètement miro ! Tellement miro… slav, qu’il la trouve belle. Mais Lynda elle n’est pas belle, elle est moche, elle est très moche, encore plus moche que toi, ce n’est pas peu dire. »

Une paire de gifles aussi puissante qu’inattendue s’abattit sur le marquis. Celui-ci s’étala au sol, et Miroslav éclata de rire. Puis, s’agrippant à la table, il se releva laborieusement, tenant dans ses mains ses deux joues brûlantes.

« Mais qu’est-ce que j’ai dit ?

– Elle ne t’a pas loupé, Justine.

– Ces belles choses étant dites, buvons à la santé de Lynda », dit la jeune fille qui, entre nous, n’était pas si moche que ça.

Elle alla prendre une flûte et la remplit, puis choqua contre celle des marquis.

« À la mort de Lynda ! » dit Kougnonbaf avec un sourire forcé.

« À l’enterrement de Lynda ! » ajouta Bifenbaf, d’une voix mal assurée.

« À la résurrection de Lynda ! » dit Justine sur un ton vainqueur. Et aussitôt, elle avala une gorgée du pétillant liquide. Les deux marquis la regardant boire.

« C’est Lynda ! » s’exclama brusquement Miroslav. « C’est elle, je te dis, c’est elle !

– Lynda ? Où ça ?

– En face de toi, imbécile ! Tu ne la reconnais pas ? »

En effet, la belle inconnue qui venait d’offrit au marquis Ottokar de Kougnonbaf la paire de beignes la plus prestigieuse de toute l’histoire des Balkans n’était autre que la reine de Syldurie. Mais aucun des deux hommes ne l’avait reconnue, tant ils étaient pleins.

« Mais ce n’est pas possible ? » dit Ottokar, à peine remis de ses émotions. « Lynda est à Paris.

– Je suis rentrée plus tôt que prévu. Et j’aurai quelques mots à vous dire, messieurs. Comment se fait-il que dans cette salle qui a vu les dernières minutes de mon père, vous organisiez une beuverie ?

– Je…

– Nous…

– Votre attitude indigne insulte sa mémoire. Je vous châtierai avec la plus grande sévérité. Je vous laisse seulement le temps de dégriser, ensuite je vous convoquerai chacun dans mon bureau. Je veux votre emploi du temps détaillé pendant toute mon absence. Vous pouvez disposer.

« Oh ! là ! là ! là ! là ! » se lamentait Kougnonbaf.

« Ça va chauffer pour nos oreilles.

– En ce qui concerne les miennes, ça commence déjà.

– Trouve quelque chose, Ottokar, » pleurnichait Bifenbaf. « Tire-nous de ce pastis ! 

– Je ne me sens pas bien, j’ai mal au cœur », répondit l’autre, le visage livide.

Lynda pointa vers la porte un index autoritaire :

« J’ai dit : “ Vous pouvez disposer ”. Ça veut dire : “ Dehors ! ” »

Les deux fêtard terrifiés quittèrent tant bien que mal la présence de Lynda. Soutenu par son compère un peu moins malade que lui, le marquis de Kougnonbaf dut faire une étape dans un lieu de commodité avant de disparaître dans un des longs couloirs du château.

« Vous pouvez venir, les enfants. » Et ce disant, elle invita ses amis à entrer : le commissaire Mansinque, Mohammed et Mamadou, Fabien et fabienne, Yakouba et Moussa, Valérie, Julien. Elle leur fit servir une collation.



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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 12:09

Chapitre XLIV
Un baptême de l’air

Elvire se précipita dehors et se jeta dans la voiture dont elle verrouilla les portes de l’intérieur. Elle fit tourner le moteur durant deux ou trois minutes, puis elle fit demi-tour en faisant crisser les cailloux sous ses pneumatiques. Elle s’engouffra, soulevant la poussière de l’étroit chemin bordé d’ormes, manquant de peu de jeter au fossé Aïcha et Valérie, qui revenaient du chef-lieu de canton.

Lynda regarda son ancien amoureux avec compassion :

« Ta fiancée ne t’a même pas attendu, mon petit Julien. »

Julien cacha sa tête dans ses mains :

« J’aimerais pouvoir me transformer en cloporte, pour que tu puisses m’écraser sous ton pied. J’ai trop honte ! Je te supplie de me croire : Jamais Elvire ne m'a parlé de son infâme projet. Elle m’a séduit et elle m’a trompé. Et j’ai servi ses plans en toute candeur.

– Tu ne dois pas avoir honte. Elle m’a déjà trompée deux fois et je n’en suis par fière.

– Je n’épouserai pas Elvire. Laissons-la courir où elle veut. Ma blessure est profonde, mais tu sauras m’aider à en guérir. »

Lynda approuva la décision de son jeune ami.

« Maintenant pensons à l’avenir, » dit-elle. « Nous avons mis l’ennemi en déroute, mais nous ne l’avons pas détruit. Ils vont rapidement se ressaisir et attaquer de nouveau.

– Où est le problème ? » demanda Fabienne. « Tu vas ressortir un petit miracle de ta poche et nous serons définitivement débarrassés de ces cocos-là.

– J’ai l’impression d’avoir manqué un épisode, » constata Aïcha.

Fabien la prit à part, avec Valérie, pour lui expliquer les événements.

« Si le miracle devenait une habitude, il n’aurait plus rien de miraculeux, » reprit Lynda. « Nos vacances dans la Terre de Zola auront été bien courtes. Reprenons nos bagages et partons.

– Partons ? » s’exclama Mohammed. « Pour aller où ?

– Pour aller où ? Mais en Syldurie, bien sûr !

– En Syldurie ?

– Et pourquoi pas en Syldurie ? C’est un très beau pays qui, de plus, s’est engagé résolument sur la voie de la démocratie.

– Mais comment nous y rendre ?

– J’ai prévu un plan d’urgence. Pendant nos premiers jours de vacances, j’ai acheté un avion. Il nous attend à l’aérodrome du Breuil. Il ne faut pas perdre de temps. Yakouba et Moussa, la France ne veut pas de vous, mon pays vous accueillera.

– Nous te suivons, » répondit Yakouba.

Moussa confirma la décision de sa mère :

« Chouette !

– Mohammed et Mamadou. Il est temps pour vous de prendre votre décision.

– Nous préférons tomber entre tes mains que dans celles de ce paranoïaque. Considère-nous comme tes prisonniers.

– J’espère que tu viendras nous porter des oranges.

– Je ne manquerai pas à ce devoir. “ J’étais en prison et vous m’avez visité. ”

Puis elle se tourna vers l’ancien commissaire :

« Commissaire, vous voici grillé, maintenant, et par ma faute.

– Je ne connais plus personne ici. Autant passer ma retraite avec mes nouveaux amis.

– Valérie ?

– Je pars avec toi, et je m’appuie sur ton aide pour retrouver Youssouf.

– J’en fais une affaire d’honneur.

– Chouette ! » s’écria Moussa.

« Et toi, ma chère Aïcha.

– Les jeunes m’attendent, je ne veux pas les abandonner à leurs problèmes. Je te remercie pour ta gentillesse, mais je vais repartir pour Paris.

– Nous regretterons ton absence, mais j’espère que tu nous rendras visite.

– Bien entendu ! J’ai choisi la destination de mes prochaines vacances. Mais il y a un petit détail qui me chagrine.

– Lequel ?

– Vous êtes tous devenus chrétiens, ou en passe de le devenir, et moi je n’ai pas fait le même choix. Je crains de jouer un canard dans votre bel orchestre.

– Il y a des bémols qui illuminent toute la symphonie. Sois sans crainte, nous respectons tous tes convictions.

– Je dois néanmoins admettre que votre foi en Jésus-Christ a produit chez chacun d’entre vous des effets remarquables. Mais, comme je vous l’ai déjà dit, je ne puis reconnaître sa divinité. Nous croyons à un Dieu unique, et vous l’affirmez aussi. Mais en pratique, vous adorez le Créateur, auquel vous associez un “ fils ”, Jésus, et l’Esprit-Saint. Vous dites n’avoir qu’un seul Dieu, mais pour moi, un plus un, plus un, cela ne fait pas un, cela fait trois. Et pourtant, ce sont les Arabes qui ont presque tout appris aux européens sur les mathématiques.

– C’est vrai. Sans le secours de tes ancêtres, nous compterions encore avec des grains de riz. Imagine maintenant que je te présente un certain monsieur Dupont. Il est médecin, maire de son village, et il vient d’être élu député. Si l’on te parle du Docteur Dupont, de Dupont, Maire de Bidule sur Machintruc, ou du Député Dupont, il s’agit bien de la même personne, pas de trois Dupont. Ainsi, Dieu est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. C’est la même personne, mais il exerce plusieurs fonctions. Considère maintenant de l’eau, de la glace et de la vapeur. Nous voyons trois aspects différents, mais c’est toujours de l’eau : H2O. »

Aïcha demeura pensive, et répondit enfin :

« Je n’avais pas envisagé la question sous cet angle. Je ne puis prendre position maintenant, mais je te promets d’examiner le problème avec le plus grand sérieux.

– Prends tout ton temps. »

Puis Lynda se tourna vers les jeunes policiers :

« Et vous, les amoureux ?

– Nous voulons nous marier en Syldurie, » répondit Fabien. « Ce sera beaucoup plus romantique. »

Julien se tourna vers Lynda, avec un regard de saint-hubert :

« Et moi, je vais rester tout seul. Je n’ai vraiment pas de chance avec les filles. »

Elle lui répondit d’un ton impérieux :

« Toi tu pars avec nous, le temps d’oublier ta chipie. »

Sans tergiverser, chacun des résidents rassembla ses maigres bagages. En moins d’une demi-heure, tous étaient dans la cour, prêt à partir. À tour de rôle, ils étreignirent Aïcha, la seule de ce groupe dissident qui avait décidé de regagner Paris. Après de longues effusions, elle monta dans sa petite voiture et quitta la ferme. Les autres prirent place dans le véhicule du commissaire Mansinque. Avant de s’engager à monter, Fabienne interpella son complice d’amour :

« Fabien.

– Oui, mon trésor.

– Promets-moi que, lorsque nous serons en Syldurie, tu perdras l’habitude de faire les yeux doux à Lynda, sinon je reste ici.

– Je ne m’appelle pas Ruy Blas. »

Chaque passager ayant bouclé sa ceinture, on quitta avec nostalgie la ferme de Romilly et se dirigea par des chemins de campagne vers la Chapelle Vendômoise, à mi-chemin entre Blois et Vendôme, où s’étirait la piste d’aviation.

Un bimoteur les attendait sur la prairie. Lynda les invita à monter. Chacun aida de son mieux Yakouba qui s’installa laborieusement.

« Soyez les bienvenus à bord du Sylduria Force One, dit la jeune reine.

– Nous sommes prêts à décoller, » répondit Julien. « Nous n’attendons plus que ton pilote. »

Lynda sourit. Puis elle se coiffa d’une paire d’écouteurs, s’installa au poste de pilotage, manipula quelques commandes. Les moteurs se mirent à tourner. Elle échangea quelques paroles avec la tour de contrôle, puis l’aéroplane commença à rouler jusqu’à la piste d’asphalte.

« Si elle conduit cet avion de la même façon que sa moto, » dit Julien, « nous sommes perdus ! »

Mais Lynda maîtrisait parfaitement le pilotage et l’appareil s’arracha au sol sans aucune brutalité.

Du haut du ciel, le commissaire regardait avec regret sa camionnette qu’il avait abandonnée. Déjà une voiture bleue s’était garée à sa proximité. Des gendarmes en étaient sortis et contournaient attentivement le véhicule.



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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 18:30

Chapitre XLIII
Lynda règle ses comptes

Mal servi par ses courtes jambes, le commissaire divisionnaire courut après les cars militaires qui ne l’avaient pas attendu pour démarrer. Le vent tomba aussi brusquement qu’il s’était levé. Nos amis poussent chacun des souffles profonds, heureux de se retrouver dans le calme.

« Tu nous avais habitués à quelques happenings, » dit Mohammed , « mais là vraiment, tu nous coupes le souffle.

– Nous sommes époustouflés, » enchérit Mamadou.

« Quelqu’un pourrait-il nous expliquer ce qui s’est passé ? demanda Fabienne.

« Ne vous ai-je pas déjà dit qu’un grain de moutarde peut soulever des montagnes ?

– Pourvu que ce grain soit rempli de foi.

« Dis, Lynda, » demanda timidement Moussa apeuré, la tirant par son vêtement.

« Oui, mon enfant.

– Est-ce que c’est le diable qui a claqué la porte ?

– Non, Moussa, c’est un courant d’air.

– Alors pourquoi ont-ils eu si peur ?

– « “ Je rendrai le cœur de tes ennemis lâche au point qu’ils s’enfuient au bruit d’une feuille agitée par le vent, ” ou au bruit d’une porte qui claque. C’est Dieu qui a donné ces paroles. Il suffisait d’y croire.

– Lorsque tu as cité ce texte et qu’ils ont cru que tu invoquais le diantre, » interrogea Fabien, « était-ce de la magie ?

– Non, c’était de la foi.

– Décidément, Lynda, je n’arrive plus à te suivre ! »

« En tout cas, » constata Fabienne, « tu nous as donné une sérieuse leçon. Placez votre confiance en Dieu, et le miracle s’accomplira. »

Le commissaire Mansinque intervint dans le débat :

« La foi c’est très beau, mais les anges sont au ciel et nous sur la terre. Comment Yssouvrez a-t-il pu débarquer ainsi ? Qui l’a averti de notre présence et de notre secret ? »

« Des voisins nous auraient dénoncés, » supposa Fabienne.

« Nous n’avons pas de voisins. Personne ne nous a
vus venir.

– Alors, » dit gravement Mohammed, « l’un des nôtres a trahi. »

L’enthosiasme de la victoire laissa place à l’inquiétude et à la suspicion.

« Qui ? Et pourquoi ? » demanda Fabien après un pénible silence.

Chacun se regardait l’un l’autre, embarrassé.

« Nous allons bientôt le savoir, » dit Lynda sur un ton grave.

Ses simples mots provoquèrent une angoisse indéfinissable dans le groupe. La foi de Lynda la rend capable de mettre en fuite n’importe quel adversaire. Aurait-elle aussi reçu, par révélation, le nom du coupable. Tous la regardaient, livide, attendant de sa bouche la fatale prophétie.

Mais elle ne dit rien. Elle promena ses regard sur chacun membre de l’assistance. Puis, les yeux pleins d’ardeur, les sourcils froncés, elle regarda fixement chacun de ses compagnons.

Le regard de Lynda… Chacun baissait le front, personne n’osait l’affronter. Il se fixa enfin sur Elvire. Son visage était exsangue, ruisselant de sueur. Ses jambes n’était plus capable de la porter. Elle chancelait. Lynda la regardait toujours.

« Lève les yeux, Elvire. Aurais-tu peur de braver mon regard ?

– Non, » murmura-t-elle, « ce n’est pas…

– Regarde-moi dans les yeux et dis-moi d’une voix haute et intelligible : “ Ce n’est pas moi. ”

– Ce n’est pas moi. »

À la veulerie des réponse d’Elvire s’opposait la fermeté de la voix de Lynda.

« Dis-le avec plus d’assurance, et regarde-moi en face. »

Maintenant, Lynda avait empoigné les cheveux de sa rivale et lui maintenait la tête haute pour la forcer à croiser son regard de braise.

« Arrête, je t’en prie ! Tu me fais revivre des moments insupportables. Je revois tes ongles dans mes cauchemars. »

Lynda lâcha sa prise. Elle avait une nouvelle fois anéanti son adversaire.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle à voix basse.

« Parce que je te hais, Lynda, je te hais.

– Comme tu me fais mal ! Moi je t’aimais. Tu m’as assassinée. J’en ai tant souffert ! Mais j’ai su pardonner. Aujourd’hui tu reviens, tu me trahis par un baiser, comme Judas. Tu me poignardes à nouveau. C’est moi qui aurais de bonnes raisons de te haïr. »

Elvire commençait à reprendre de l’assurance.

« Tu ne comprends donc pas ! Faut-il que tu sois naïve ! Je me suis servie de toi quand tu étais dans l’abondance, je t’ai méprisée quand tu étais dans la misère. Maintenant que tu relèves la tête je ne puis que te haïr. Je te hais parce que tu possèdes ce que je désire : la beauté, l’intelligence, mais surtout, la richesse, le succès et la gloire. Je te hais parce que Julien t’a aimée avant moi. Je te hais parce que je
te hais.

– Quelle folie ! Pauvre Elvire ! Quand je pense que j’ai vraiment cru à notre réconciliation ! Je ne suis décidément qu’une ravissante idiote.

– Laisse-moi partir maintenant.

– Pas encore. J’ai une question à te poser : Comment m’as-tu suivie jusqu’ici ?

– Ma pauvre amie ! Quand on est une célébrité comme toi, on ne peut pas se cacher, même avec une perruque ridicule et un français brisé. Tu ne lis donc jamais les journaux ? Tu ne lis pas France Dimanche ? C’est trop compliqué
pour toi ?

– Non. J’aurais dû ?

– Tu aurais appris tout ce qu’on dit sur toi.

– Et que dit cette vénérable presse à mon sujet ? »

Elvire sortit de son sac un journal qu’elle tendit à son ennemie :

« Lis-moi ça, pauvre cloche ! .J’en ai gardé un en souvenir. »

Lynda s’exécuta et lut un titre :

« “ Les nouvelles frasques de Lynda. ” Parce que j’ai aussi de vieilles frasques ?

– Lis !

–“ Sous la fausse identité d’une réfugiée bulgare, Lynda de Syldurie, l’actrice ratée subitement propulsée dans le Gotha balkanique hante à présent les quartiers chauds de Paris. »

– Ils ne te font pas de cadeaux, hein ! Cassée, ma Lynda.

– Comme ils ont d’imagination ! Me voici promue baronne de la mafia parisienne. Je comprends que cette littérature ait élevé ton esprit à un si haut niveau moral.

– Tu peux toujours ironiser ! Quand on a traîné son manteau royal dans la boue des bas quartiers !

– Continue ton histoire.

– Ayant donc appris que tu te planquais à nouveau du côté de Barbès-Rochechouart, chère Lynda, je me suis mis à écumer le quartier. J’ai pris mes renseignements. Je suis allée manger dans ton restaurant préféré : Le Palais de Shanghai de Hong-Kong de la Cité Interdite. Je dois reconnaître que tu m’avais habituée à mieux. Enfin ! J’ai cuisiné le vieux chinois, c’est tout de même un comble ! Je me suis fait passer pour ton amie. D’ailleurs je n’ai pas menti : je suis ta meilleure amie. J’ai joué à la fois de ma séduction, de ma persuasion et de ma perversion. Il a fini par me donner ta nouvelle adresse. Et me voilà débarquée comme une jolie fleur dans ta cambrousse, non sans avoir averti ton cher ami Paul Yssouvrez. »

Fabienne s’excitait à l’audition de ce récit :

« Laisse-moi lui servir une bonne raclée, cadeau de la maison.

– Non ! » cria Elvire. « Ne m’approchez pas !

– Laisse-la, » répondit Lynda méprisante. « Elle serait déjà morte si je n’étais pas devenue une disciple du Christ.

– Moi j’ai encore beaucoup de progrès à faire dans la vie chrétienne. Mes poings ne sont pas encore convertis.

– Encore une question, Elvire : Comment se fait-il que notre ami commun, Yssouvrez, soit arrivé avec toute une armée, comme s’il s’attendait à trouver Ben Laden en personne ?

– Je lui ai brossé un magnifique portrait de toi, et j’ai quelque peu exagéré la dangerosité de ta personne.

– J’ai bien envie de laisser Fabienne te corriger le tien, de portrait. Allez, va-t-en avant que je me déconvertisse. »



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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 18:09
Encore une belle chorégraphie sur une musique de Gottschalk.

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 17:53
De quoi rendre jaloux notre roi Lune!

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 20:16
Si quelqu'un te frappe la joue droite, allonge-lui une bonne gauche.



Il ne faudrait pas qu'elle vienne m'imposer les mains, j'aurais trop les jetons!
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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 18:48

Chapitre XLII
Lévitique 26.17

Dans la ferme de Romilly, Rognes pour les inconditionnels de Zola, Lynda et ses amis avaient reçu une autre visite : celle d’Aïcha qui, dans sa petite voiture de célibataire avait emmené Valérie. Les deux jeunes femmes furent reçues dans le foyer avec joie.

Même Fabienne étreignit Valérie dans ses puissants bras, disant :

« Nous somme heureux que vous ayez finalement décidé de nous rejoindre, Aïcha, et vous aussi, Valérie. Je croyais vraiment que vous me haïssiez.

– Mon visage s’est dégonflé, ma colère aussi.

– Quelques jours de vacances à la campagne me feront du bien, » dit Aïcha. « J’ai invoqué ce prétexte à mon patron qui me trouvait fatiguée.

– Nous avons besoin de votre aide, Aïcha, » lui dit Mohammed. « Nous avons pris des décisions. Nous voulons abandonner totalement notre vie de délinquants. Nous sommes des disciples de Jésus-Christ, à présent.

– Je dois reconnaître qu’il a opéré des prodiges dans vos vies.

– Pourquoi ne croirais-tu pas toi aussi ? » proposa Mamadou.

« Je suis une mahométane. Je ne puis servir que le Créateur. Jésus n’est pour moi qu’un prophète. Mais je reconnais qu’il y a dans ses paroles un charisme qui change le mal en bien. »

Lynda s’approcha et lui tendit la main :

« Je suis ravie de faire votre connaissance, Aïcha. Les garçons m’ont raconté tout ce que vous avez fait pour eux. Vous êtes une jeune fille remarquable. J’aimerais vous avoir pour amie.

– Mon amitié vous est accordée. J’ai appris tant de choses sur vous ! À moi aussi, ils ont parlé de votre aventure extraordinaire et de votre dévouement. Je sais que vous prenez des risques pour aider nos deux protégés dans leur dilemme. »

Puis, Lynda se tourna vers l’institutrice :

« Et vous-même, Valérie Ozdenir. Je vous remercie d’avoir voulu nous rejoindre. Les Diallo m’ont parlé de votre gentillesse et de vos épreuves.

– Je désirais tant vous rencontrer ! Une reine qui quitte son trône lointain pour secourir des enfants dans la peine ! Je ne suis pas digne de vous avoir pour amie. Mais je suis désespérée. La séparation de l’homme que j’aime m’a été imposée.

– Je connais votre histoire, mais ne perdez pas courage. Mon pays est proche de la Turquie. Accompagnez-moi en Syldurie. Vous pourrez y enseigner le français. Et moi je n’aurai guère de difficulté à vous rendre votre mari.

– Lynda, pourquoi tant de sollicitude ? Je ne la mérite pas.

– Rien ne se mérite. Tout est question d’amour. »

Elvire et Julien, étaient partis faire une promenade à travers la campagne. Aïcha et Valérie furent invitées à rester quelques jours et proposèrent d’aller à Cloyes acheter quelques provisions.

Les amoureux rentrent à la ferme.

« Le vent se lève, » fit remarquer Elvire. « C’est pourquoi nous avons préféré  nous mettre à l’abri.

– Un drôle de vent, » précisa Julien. « Un vent tout chaud. Ce n’est pas banal, surtout en cette saison.

– Un vent qui nous agace, un vent qui fait peur.

– Un vent à rendre fou. »

Fabien se mit évidemment à chanter Brassens, sur un vers de Victor Hugo :

 « Le vent qui passe à travers la montagne, me rendra fou. »

« Un vent chaud qui rend fou ? » dit Lynda songeuse. « Cela existe en Europe centrale. On l’appelle le fœn. Un vent si chaud qu’en Allemagne on ne dit pas : “ Prête-moi ton sèche-cheveux ”, mais : “ Prête-moi ton fœn. ”

– Mais le fœn ne souffle pas dans nos régions, » fit remarquer Julien.

– C’est exact. »

En effet, le vent au dehors, agitait les branches du vieux saule pleureur et commençait à siffler.

Elvire remit une couche de compliments et d’excuses :

« Il ne faut pas m’en vouloir, ma petite. Je suis un peu ta sœur, et j’ai été malhonnête et injuste. Je serais morte de chagrin si tu m’avais gardé de la haine. J’ai compris que le sentiment qui nous avait unis n’était pas une amitié festive. Aussitôt la fête finie, après l’instant où je t’ai trahie et où tu m'as chassée, j’ai compris que j’avais perdu bien plus qu’une copine : une amie irremplaçable. J’ai réalisé que je ne pourrais plus vivre sans toi, mais je n’osais pas venir te demander pardon. Tu étais si furieuse ! Quand j’ai su que tu étais repartie dans ton pays, j’ai craint de ne plus jamais te revoir. J’étais désespérée. Heureusement pour moi, Julien m’a soutenue dans ces moments d’épreuve. Jour après jour j’ai repris goût à la vie, et puis nous nous sommes aimés. Je tiens à ce que tu sois témoin de notre mariage. Embrasse-moi, Lynda, j’ai trop attendu ce moment. »

Elvire entoura de ses bras le cou de Lynda et l’embrassa.

« Tu vois, » ajouta Julien, « notre aventure trouve une issue favorable. Tu as été cruelle avec moi, mais j’ai trouvé la consolation dans les bras d’Elvire. »

Ces pathétiques effusions furent brusquement interrompues par des bruits de moteur.

« Vous attendiez quelqu’un ? » demanda Fabien.

« Non, » répondit Mansinque.

Puis il regarda à la fenêtre.

« Lynda, venez-voir. »

Le commissaire paraissait angoissé. Lynda, à son tour se précipita à la fenêtre ; elle essaya de cacher son émotion.

« Alors-là ! Nous avons un gros problème.

– Qu’est-ce que c’est ? » demanda Fabien.

« Trois Heuliez bourrés de C.R.S.

– Tout ça en notre honneur ! » s’exlama Fabienne.

– Je n’imaginais pas, » répondit Lynda, « que nous fussions une si grande menace pour la République.

– Les voilà qui descendent, » commenta Mansinque. « C’est pire que pour Al-Qaïda. Ils ont des armes automatiques. »

Les deux policiers se sont mis eux aussi à la fenêtre.

– Regardez-moi qui dirige cette équipe de polichinelles ! » s’écria Fabienne.

– Qu’est-ce qu’il fait ici ? » demanda Fabien.

– Il n’a rien à faire ici ! » répondit Mansinque.

– En tout cas, » dit Lynda, « il est ici. »

Un brodequin militaire frappa le bas de la porte avec violence.

« Police, Ouvrez. »

Mais déjà, la vielle serrure avait cédé sous la pression du soudard.

« Paul Yssouvrez », crièrent ensemble les deux voyous repentis, saisis de frayeur.

Le vent n’avait cessé de souffler. Il soufflait de plus en plus fort. Son sifflement devenait de plus en plus aigu, l’atmosphère était angoissante. Pour la version théâtrale de notre récit, je suggère en fond sonore la troisième symphonie de Mahler, le cris strident des raffales couvrant la voix menaçante des trombones.

L’irascible divisionnaire avait investi la place, déjà vainqueur. Les C.R.S le suivaient, l’arme automatique au poing :

« Surpris de me voir, les cailles-rats ! »

Fabienne lui cracha quelques projectiles :

« Nous aussi, nous sommes surpris, le kangourou dégénéré !

– L’Eure-et-Loir ne fait pas partie du Dix-huitième arrondissement, autant que je sache, » lui fit remarquer Mansinque.

« C’est exact, » répondit-il, moqueur. « Vous n’êtes pas dans ma juridiction. Mais qu’à cela ne tienne ! J’ai des relations très élevées, vous le savez. C’est la raison pour laquelle je suis commissaire divisionnaire malgré mes piètres résultats scolaires. Et comme je tenais absolument à l’exclusivité de votre arrestation, je me suis arrangé avec Nénesse qui m’a procuré une dérogation.

– Nénesse ?

– En personne. »

Des murmures commençaient à circuler parmi les miliciens :

« On est venu pourquoi, nous ?

– Un groupe terroriste.

– Ah bon ! Je croyais que c’était un réseau de trafic d’héroïne.

– Mais pas du tout ! Ce sont des sans papiers à expulser. C’est la priorité de la République. Une femme et un enfant. Des Maliens.

– Je comprends qu’on nous envoie si nombreux et si bien armés. »

Le petit policier faisait de petits bonds et se frottait les mains :

« Quelle pêche miraculeuse ! Toute une brochette de malfaiteurs réunie dans ce trou à rats. Quelle prise ! Je serai bientôt Ministre de l’Intérieur, en attendant mieux !

– Ne pavoise pas trop vite, gerboise d’Egypte, » lui décocha Fabienne.

Mais l’autre poursuivait, sans se soucier de la méchante répartie de la jeune femme.

« Mamadou Djembé, trafiquant, receleur ; Mohammed Bendjellabah, trafiquant de stupéfiants. Depuis le temps que je retourne la terre entière pour vous trouver, vous voilà enfin à ma merci ! Et vous, les noircicots en cavale ! Vous irez cavaler dans le désert. »

Mamadou et Mohammed se regardèrent avec une expression de désespoir.

« Nous sommes fichus.

– Fichus de chez fichus. »

Lynda posa ses mains sur l’épaule de chacun d’eux.

« Faites-moi confiance, et surtout, faites-Lui confiance. »

Yssouvrez jeta sur elle un regard de colère.

« Et qui est cette sauterelle qui se paie ma tête en silence depuis le début ? »

Elle riposta en cachant son visage derrière ses cheveux, comme elle l’avait fait au restaurant avec sa perruque rousse, et reprenant son accent forcé :

« Je pas comprends. Vinir Boulgaria, chercher travail.

– Vous comprendrez bien assez tôt ce qui vous arrive, croyez-moi. Vous êtes la complice de ces malfrats. Vous passerez votre belle jeunesse en prison. Quand vous en sortirez, vous serez une vielle mémère toute décatie. Pareil pour vous deux : la honte de la police. Vous allez prendre perpète, les amoureux. On vous mariera à la Santé. Ça vous amuse, Mansinque, vous qui avez osé héberger des criminels dans votre bicoque ?

– Yssouvrez, » lui répliqua Fabienne menaçante, « nous ne sommes que des pieuvres, mais vous, vous êtres un encornet que je vais me farcir.

– Ah oui ? Assez ri, assez discuté. Rendez-vous.

– Non ! » cria Lynda avec détermination.

– Ne nous obligez pas à utiliser la force. »

Lynda mit la main dans sa poche. Croyant qu’elle allait en sortir un pistolet, les C.R.S. mirent un genou a terre et la visèrent de leurs fusils mitrailleurs. Elle dégaina sa Bible qu’elle brandit face à eux.

« Messieurs, j’ai entre les mains une arme bien plus puissante que vos mitraillettes.

« Qu’est ce que c'est que cette folle ? » dit l’un des militaires.

« On est tombés dans une secte.

– On n’a jamais été formé pour ça.

– Qu’est-ce qui va nous arriver ?

– Tirez une rafale au-dessus de sa tête, » ordonna Yssouvrez. « Ça va la dépeigner, cette fissurée du bocal. »

Les soldats les plus proches d’elle tirèrent, en effet, mais au lieu du crépitement assourdissant des balles, on n’entendit qu’un déclic métallique.

« Saloperie de mécanique française ! »

C’est alors que Lynda, son « arme » toujours tenue à bout de bras, parla :

 « Je tournerai ma face contre vous, et vous serez battus devant vos ennemis ; ceux qui vous haïssent domineront sur vous, et vous fuirez sans que l’on vous poursuive. »

« Qu’est-ce que c’est encore que ce charabia ?

– C’est une sorcière. Elle fait des incantations. »

Le vent faisait de plus en plus de bruit et faisait frapper contre les murs les volets mal fixés.

« Cette fille est une terroriste, » hurlait Yssouvrez. « Elle travaille pour les ayatollahs. Tirez ! Tirez ! Tirez ! »

Nouveau tir, nouvel échec.

« Saloperie de cochonnerie de mécanique à la noix ! »

 « Je rendrai pusillanime le cœur de ceux d’entre vous qui survivront, dans les pays de leurs ennemis ; le bruit d’une feuille agitée les poursuivra ; ils fuiront comme on fuit devant l’épée, et ils tomberont sans qu’on les poursuive. Ils se renverseront les uns sur les autres comme devant l’épée, sans qu’on les poursuive. Vous ne subsisterez point en présence de vos ennemis. »

« Elle appelle une armée de démons à son secours », crie un C.R.S tremblant de peur.

« Ils vont nous pulvériser, » s’écrie un autre.

« Ils vont nous entraîner dans les profondeurs infernales.

– Lévitique, chapitre 26, versets 17, 36 et 37, » proclama-t-elle avec triomphe. Les porteurs d’armes reculaient.

« Saisissez-la,  »s’égosilla Yssouvrez. « Menottez-la. ».

Une porte claqua brusquement.

« C’est le diable ! » cria l’un des hommes.

« Au secours ! » cirèrent les autres.

Et tous se précipitèrent dehors dans une grande bousculade. Yssouvrez vociférait :

« Mais ce n’est pas possible, ça ! Je délire ! J’hallucine ! Je cauchemarde ! Revenez ! Revenez, bande de pleutres ! Je vais vous taper un rapport sanglant ! »

Mais il avait beau menacer, ses troupes l’avaient bel et bien abandonné. Lynda s’approcha de lui, victorieuse et provocatrice :

« Alors, monsieur le futur Premier Ministre. Vous voici seul, face à une dangereuse criminelle. »

Le commissaire divisionnaire, qui n’était déjà pas très grand, se tassa encore plus.

« Comment avez-vous fait ?

– Je vous avais prévenu : Je possède une arme redoutable.

– Avec votre bouquin, vous avez mis en fuite une compagnie de C.R.S. en armes.

– Je vous conseille de courir aussi vite que vos copains, avant que je me mette en colère.

– Vous avez ridiculisé les forces de l’ordre. Vous m’avez humilié. Mais je me vengerai. Je vous retrouverai, je vous anéantirai. »

L’orgueilleux fonctionnaire se sentait vaincu. Il tourna le dos et sortit de la maison en baissant la tête.

« Salutations à votre ami Nénesse, ».lui lança Lynda.



Copyright 2010 LILIANOF

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 18:37
C'est une question ouverte...

On a beaucoup parlé, dans les années 1980 des messages subliminaux utilisés par de nombreux groupes "rock". Il suffisait de tourner le disque à l'envers pour que "Stairway to heaven" devienne  un escalier vers l'enfer.

Le phénomène revient en force avec le fameux "Yes we can" martelé par le président américain.

http://www.youtube.com/watch?v=F_sC9HMd510

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